Le monde de l’automobile retient son souffle. Après avoir pris tout le monde de court en arrêtant la commercialisation d’une grande partie de son catalogue, le constructeur britannique s’apprête à renaître de ses cendres. Fini le temps des modèles gentiment conventionnels, Jaguar prépare sa nouvelle génération avec une stratégie radicale : monter vers le luxe extrême et le tout-électrique. Loin de se contenter d’une mise à jour, la marque à la tête de félin casse les codes avec une refonte totale. Décryptage d’un virage à 180 degrés.
Un manifeste appelé Type 00
Pour comprendre où va Jaguar, il faut observer la Type 00 . Ce n’est pas un simple concept-car ; c’est une déclaration de guerre au conformisme. Dévoilée fin 2024 lors de la Miami Art Week, cette sculpture roulante en impose par ses proportions hors normes : un capot interminable, des portes papillon et une face avant aussi épurée qu’une œuvre d’art moderne. Le design, baptisé « Exuberant Modernism » (Modernisme Exubérant), se veut « une suppression de l’ordinaire » .
Les couleurs elles-mêmes racontent une histoire : le French Ultramarine rend hommage aux artistes de la Renaissance, tandis que le Miami Pink (officiellement Satin Rhodon Rose) évoque l’architecture art déco de Miami . Avec ses roues de 23 pouces monobloc et son absence de lunette arrière, la Type 00 n’est pas une simple voiture ; c’est un manifeste .
Un hommage à l’histoire, un regard vers le futur

Si le style parait révolutionnaire, il plonge en réalité ses racines dans le riche passé de la marque. Les designers ont passé des heures à étudier les lignes de la mythique E-Type, que le grand Enzo Ferrari qualifiait lui-même de « plus belle voiture jamais créée » .
Le nom « Type 00 » est d’ailleurs lourd de sens : le premier zéro représente les zéro émissions (la vision tout-électrique), et le second symbolise une remise à zéro complète, un nouveau départ . On retrouve dans ses lignes cette longue prestige gap (l’espace entre l’aile avant et le montant de pare-brise) qui faisait le charme des XJ-S et E-Type à moteur V12. Ironie du sort, cette signature stylistique propre aux moteurs thermiques trouve une seconde vie sur une plateforme électrique . En savoir plus en cliquant ici.
Sous le capot : la technologie JEA
Sous cette carrosserie spectaculaire se cache une toute nouvelle architecture technique : la Jaguar Electric Architecture (JEA) . Conçue spécifiquement pour cette nouvelle ère, cette plateforme promet des performances époustouflantes. Le premier modèle de série, une GT 4 portes dérivée du concept, devrait avoisiner les 1000 chevaux .
Les ingénieurs ont travaillé d’arrache-pied pour conserver un centre de gravité extrêmement bas (60 mm sous le point de hanche), permettant à cette grande berline de plus de 5 mètres d’offrir une agilité de sportive . Côté batterie, Jaguar annonce des chiffres impressionnants : une capacité d’environ 120 kWh pour une autonomie de 430 miles (près de 700 km) et une technologie 800V permettant de récupérer 200 miles (320 km) d’autonomie en seulement 15 minutes sur une borne rapide .
L’art de vivre selon Jaguar
La nouvelle génération ne se contente pas de viser la performance ; elle veut redéfinir l’expérience du luxe. À bord de la Type 00, on ne trouve ni cuir ni bois précieux de manière conventionnelle. Jaguar a fait le choix de matériaux durables et artistiques : un placage de pierre de Travertin traverse la console centrale, une épine dorsale en laiton structure l’habitacle sur toute sa longueur, et des textiles en laine tissée habillent les sièges .
L’ambiance intérieure est même personnalisable via des « totems » en pierre, laiton ou albâtre. Placés dans un écrin, ils ajustent l’éclairage, le son et même le parfum diffusé dans l’habitacle . On est ici dans une logique d’objets précieux, loin du traditionnel écran tactile omnipotent.